EMINI · LA MANNE · RECOMMENCER · 4 MIN DE LECTURE

1er septembre

Ce que Dieu fait des morceaux

David écrit le Psaume 34 après avoir bavé dans sa barbe pour sauver sa peau.

« L'Éternel est près de ceux qui ont le coeur brisé, Et il sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement. » Psaumes 34:18 · Louis Segond 1910

Chez nous, une chose cassée se jette. Un canari fêlé, on ne le répare pas : on en rachète un au marché. Et sans y penser, nous nous appliquons la même règle. Quand quelque chose se brise à l'intérieur — un foyer, une santé, une réputation, un enfant qui a pris un mauvais chemin — nous nous mettons de côté, en attendant d'être présentables.

Regarde d'où sort ce psaume.

David ne l'écrit pas depuis un palais. Il est en fuite, traqué par Saül, et il vient de se réfugier chez l'ennemi, à Gath, la ville de Goliath. Reconnu, il comprend qu'il va mourir. Alors il fait le fou : il fait des marques sur les battants des portes et laisse couler sa salive sur sa barbe, jusqu'à ce qu'on le chasse comme un dément.

Ce n'est pas un homme qui gère bien. C'est un homme qui a menti et bavé pour sauver sa peau.

Le mot rendu par « brisé » n'est pas une image douce : c'est celui qu'on emploie ailleurs pour un vase jeté à terre. Le psaume ne parle pas de mélancolie. Il parle de ce qu'on ne sait pas recoller.

Et il dit que c'est l'adresse où Dieu se rend.

Maintenant descends de deux versets. Le même mot revient, et il est retourné : « Il garde tous ses os, aucun d'eux n'est brisé. » Le cœur brisé et les os non brisés, dans le même psaume, à deux lignes d'écart. Et cette phrase-là, l'Évangile la reprend au pied de la croix.

À Gethsémané, Jésus-Christ de Nazareth priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang. Sur la croix, il a crié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Le récit ne rapporte aucune voix venue du ciel répondant à ce cri. Et il est mort.

Mais écoute ce qu'il criait. C'est la première ligne du Psaume 22 — un psaume où l'on secoue la tête devant lui, où sa langue s'attache à son palais, où l'on se partage ses vêtements en tirant sa tunique au sort. Pendant qu'il crie, les soldats sont en train de l'accomplir sous ses pieds. Et ce psaume-là finit sur toutes les extrémités de la terre qui se tournent vers Dieu.

Le Fils est donc allé jusque dans l'abandon, sans échappatoire. Le silence que tu subis, il le connaît du dedans.

Le psaume met deux choses dans une seule phrase : Dieu est près, et Dieu sauve. La vie, elle, les sépare souvent — et c'est ce délai que la plupart prennent pour un abandon. Ils cherchent la délivrance comme preuve de la présence ; ne la trouvant pas, ils concluent à l'absence. Ils se trompent de preuve.

Je ne te promets pas que ta situation se règle cette semaine. Ce psaume dit quelque chose de plus petit et de plus solide : tu n'as pas à recoller tes morceaux avant de prier. Tu peux prier avec les morceaux dans les mains.

Commence par là. Le reste viendra, et nous y reviendrons.

PRIÈRE

Seigneur, je ne viens pas réparé. Ce qui s'est cassé chez moi, je ne sais pas le remettre, et j'ai cessé d'essayer depuis longtemps.

Mais tu dis que tu es près de ceux qui ont le cœur brisé, et tu ne l'as pas dit de loin : le Fils a porté ce cri d'abandon avant moi. Tu sais ce que je vis. Tu ne l'apprends pas.

Alors je ne cache plus les morceaux, et je ne me mets plus de côté en attendant d'être présentable.

Saint-Esprit, tiens-moi debout aujourd'hui. Pas pour le mois, pas pour l'année — pour aujourd'hui, une heure après l'autre, jusqu'au soir.

Au nom de Jésus-Christ de Nazareth. Amen.

Le Fils est allé jusque dans l'abandon. Ma brisure ne m'a pas mis hors de sa portée.

Psaumes 34:18-20 · 1 Samuel 21:13 · Psaume 22 · Luc 22:44 · Jean 19:36

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Texte biblique : Louis Segond 1910, domaine public.
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