EMINI · LA MANNE · RECOMMENCER · 4 MIN DE LECTURE
9 septembre
Et à Pierre
Après le reniement, le matin de la résurrection contient deux mots inattendus : « et à Pierre ».
Quand on a fait quelque chose de honteux, on ne s'attend pas à être chassé. On s'attend à quelque chose de plus discret et de plus définitif : ne plus être nommé. Rester dans le groupe, mais ne plus apparaître dans aucune phrase.
Souviens-toi de la dernière image que l'Évangile de Marc donne de Pierre avant la croix. Ce n'est pas un homme qui flanche du bout des lèvres. Il « commença à faire des imprécations et à jurer : Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » Puis le coq chante une seconde fois, il se souvient de ce qui lui avait été annoncé, et le texte s'achève sur cinq mots : « Et en y réfléchissant, il pleurait. »
C'est là qu'on le laisse. Il ne reparaît pas au procès. Il n'est pas au pied de la croix chez Marc. Rien.
Puis vient le matin. Les femmes trouvent le tombeau ouvert, et le messager leur dit :
« Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée. »
Le message aurait pu s'arrêter à « ses disciples ». Pourtant un nom est ajouté : Pierre. Le texte le nomme à part, comme on appelle quelqu'un qui pourrait ne plus oser se compter dans le groupe.
Le texte n'explique rien. Il ne dit pas « parce qu'il avait renié ». C'est nous qui avons lu le chapitre 14, et qui entendons ces deux mots comme Pierre a dû les entendre.
Regarde surtout quand cela est dit. Avant que Pierre ait demandé pardon. Avant qu'il ait revu qui que ce soit, avant le repas au bord du lac, avant les questions qui viendront. Il n'a rien réparé, rien expliqué, rien promis. Sa réhabilitation commence par une mention dans une phrase qu'un autre transmet.
Et le message vient du tombeau vide et concerne le Ressuscité : il les précède en Galilée. Au milieu de cette annonce, Pierre est nommé à part — l'homme qui l'avait renié en jurant. Le rendez-vous est donné là où tout avait commencé pour eux, les barques et les filets.
Alors aujourd'hui, ne te retire pas de la liste toi-même. C'est ce que la honte nous fait parfois : personne ne nous a exclus, et pourtant nous nous excluons — puis nous appelons cela de l'humilité. Dans le cas de Pierre, aucun message d'exclusion n'est rapporté ; son nom, au contraire, est ajouté.
Deux mots ne règlent pas tout, et il faut le dire. Pierre devra encore affronter le feu, et une question posée trois fois. Nous y arrivons demain. Mais tout cela commence par ceci : quelqu'un l'a nommé un matin, alors qu'il pleurait encore.
Seigneur, je me suis retiré tout seul. Personne ne m'a rien dit ; j'ai simplement cessé de me compter.
Le matin de la résurrection, le nom de Pierre a été ajouté au message adressé aux disciples — avant ses explications, avant le rivage, avant les trois questions.
Alors je me remets dans la phrase. Pas parce que je le mérite : parce que tu m'y as mis.
Saint-Esprit, donne-moi aujourd'hui de faire une seule chose que je m'étais interdite en me croyant disqualifié.
Au nom de Jésus-Christ de Nazareth. Amen.
Je ne me retire pas de la liste. Il m'a nommé pendant que je pleurais encore.
Marc 14:71-72 · Marc 16:6-7
Ce que d'autres en ont dit
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