EMINI · LA MANNE · RECOMMENCER · 4 MIN DE LECTURE
22 septembre
Ils pleuraient à grand bruit
La nouvelle fondation provoque des cris de joie et des pleurs. Les deux montent le même jour.
Il existe des recommencements où personne ne sait s'il faut applaudir ou pleurer.
C'est exactement ce qui arrive à Jérusalem.
Les fondations du temple viennent d'être posées. Pour une partie du peuple, c'est un jour de joie : après l'exil, il y a de nouveau quelque chose à bâtir, quelque chose qui porte le nom de la maison de Dieu.
Mais au milieu des cris, certains pleurent.
Esdras précise qui : des sacrificateurs, des Lévites et des chefs de famille âgés, ceux qui avaient vu la première maison. Ils regardent la fondation de la nouvelle, et ils « pleuraient à grand bruit » pendant que d'autres poussaient des cris de joie.
Puis vient cette phrase étrange : on ne distinguait plus les cris de joie des pleurs.
Le même chantier produit les deux sons.
Attention à ne pas faire dire à Esdras ce qu'il ne dit pas. Le texte ne donne pas ici la raison exacte de leurs larmes. Il ne dit pas : « ils pleuraient parce que le nouveau temple était plus petit ». Demain, Aggée nommera explicitement la comparaison. Aujourd'hui, Esdras nous laisse simplement devant des hommes qui se souviennent de ce qui était, au moment même où quelque chose recommence.
C'est peut-être cela qu'il faut entendre : un nouveau commencement ne supprime pas instantanément le deuil de l'ancien.
On peut remercier Dieu pour la fondation et pleurer ce qui ne reviendra pas.
Nous avons passé tout le mois à refuser le faux recommencement qui prétend que rien n'a été cassé. Ici, la Bible refuse l'erreur inverse : croire que les larmes rendent le chantier faux.
Le peuple bâtit quand même.
Et cette histoire du temple ne s'arrête pas à ses pierres. Des siècles plus tard, Jésus de Nazareth parlera d'un temple détruit et relevé, et Jean prendra soin d'expliquer qu'il parlait de son corps. Notre espérance ne repose donc pas sur la capacité d'un second bâtiment à reproduire parfaitement le premier. Elle finit en quelqu'un que la mort elle-même n'a pas pu garder à terre.
Voilà pourquoi tu n'as pas besoin de choisir artificiellement entre gratitude et chagrin ce matin.
Si Dieu a posé une fondation nouvelle, remercie-le.
Si quelque chose de l'ancienne maison te manque encore, pleure-le.
Les deux sons peuvent monter le même jour.
Seigneur, quelque chose recommence, et pourtant une partie de moi regarde encore ce qui a été perdu.
Tu n'as pas demandé aux anciens d'oublier la première maison avant de poser la fondation de la suivante. Et le Fils lui-même est passé par la destruction et la mort avant d'être relevé.
Je reçois ce que tu poses aujourd'hui sans insulter ce que j'ai perdu hier.
Saint-Esprit, garde-moi de confondre mes larmes avec un refus de recommencer.
Au nom de Jésus-Christ de Nazareth. Amen.
Je peux pleurer l'ancienne maison et remercier Dieu pour la nouvelle fondation. Les deux sont vrais.
Esdras 3:10-13 · Jean 2:19-21
Ce que d'autres en ont dit
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